Qubo Gas - Paper Moon
Paper Moon
Paper Moon
Description de Paper Moon
Paper Moon, Qubo Gas, 2010
Fresque digitale et évolutive régie par un algorithme.
Commande du LaM.
Collaboration : David Deraedt (Flex / Flash Action Script 3 / PHP programming)
www.dehats.com
Musique / Music : Solhorn (Michael Mørkholt), p&c Solhorn
http://myspace.com/solhorn - www.jabmicaochel.org
Régi par algorithme fondé sur le cycle lunaire, Paper Moon dévoile pendant douze mois, de mars 2010 à mars 2011, à chaque lunaison une composition graphique nouvelle qui se découvre à travers un moucharabieh, en une référence directe à l’extension architecturale créée par Manuelle Gautrand. Chaque composition est constituée d’éléments dessinés et découpés qui s’assemblent progressivement le temps d’une lunaison, soit environs 29 jours, à travers un moucharabieh, lui-même plus ou moins ouvert, plus ou moins opaque. Le paysage final ne se découvre que le jour de la pleine lune, avant que la nouvelle composition ne commence à se reformer.
L’œuvre ouvre de nombreuses pistes qui résonnent poétiquement avec les collections du LaM. Partant du principe du collage, cher au cœur des cubistes, il réinterprète d’une manière radicalement nouvelle le paradoxe de ce principe artistique : en effet le collage par la superposition de surfaces planes et découpées suggère tout à la fois la planitude absolue du support, et la profondeur infinie de l’espace. Le caractère flottant, évolutif, aléatoire que lui apporte la dimension virtuelle assure sa contemporanéité tandis que sa rêverie organique que l’œil tente de capter à travers le filtre que lui impose le musée, sa fusion avec une musique composée par Solhorn (Michael Morkhølt), l’espace qu’elle déroule progressivement aux yeux qui cheminent, à la manière des paysages sur rouleaux de la culture picturale chinoise, en font une œuvre intemporelle, romantique et gracieuse, la première œuvre du LaM, pas encore ouvert.
Les Qubo Gas en LaMazonie
C’est sur le site de la Tate Modern que nous avons rencontré les Qubo Gas pour la première fois. Et puis comme le webart est un des avoirs les plus vulnérable, il a disparu ce qui veut dire que la connexion entre le collectif d’artistes établi à Lille qui fait des installations graphiques aux feutres dans les expositions comme Plaisirs d’Edo ne s’est pas faite, elle s’était perdue, pour un temps très court comme on dirait d’un plaisir très bref.
Ce n’est que plus tard que les liens se sont retissés et tellement que cela s’est transformé en réseau ou plus exactement en rhizome : le dessin, la répétition, la proximité avec la collection, le collage, les couleurs de lamazonie justifient leur présence et leur rôle, ils flottent comme une mangrove à laquelle nous n’avons pas droit.
Et puis finalement ce que personne n’avait osé se dire, dans Qubo Gas, il y a ce vague souvenir du cubisme, rien que dans le nom et cela suffit comme dans le bouillon Kub et les pinceaux trempant dans le Viandox, pour se prendre à leur jeu douceâtre. Même si leur graphisme n’est en rien anguleux et que leur technique de découpage et de séquençage fait penser aux papiers découpés et collés, non le choix s’est fait plutôt en regard de l’architecture organique du dessin dont ils proposent de remonter le compte à rebours lunaire à moins que cela ne soit redescendre ou comprendre la formation des excroissances de leur herbier numérique.
Le choix du temps lunaire n’est pas mauvais, du compte à rebours pas tellement parce que toute œuvre le traite plus ou moins mais parce qu’une réouverture de musée ne devient à un moment qu’un compte à rebours. Les dates, les échéances deviendraient un sujet d’exposition de réouverture en soi, on se souvient du Temps vite au Musée national d’art moderne et de l’œuvre de Luciano Fabro La Lune ou celle de Nam June Paik The Oldest TV, ceci n’est dit qu’à titre d’indication et non pour commencer une liste qui ne prouverait rien de plus sur le choix de l’astre nocturne et froid mais parce que la différence n’en est que plus saillante.
L’influence de la lune est intégrée au programme, à la situation selon les axes des autres planètes, par rapport au soleil, mais ce n’est pas là le plus important : c’est le caractère évolutif qui compte, encore une fois très bref, qui se remplit et se vide subtilement, menstrues mensuelles. Cela n’est pas sans relation avec ce qui subit, outre les fins de grossesses, les nouveaux nés, les superstitions, les horoscopes l’influence de la lune, cela se fait sentir dans l’instabilité de l’image qui a ses humeurs, ses avatars.
Attraction de la lune sur les marées qui sont trop loin du LaM, encore qu’il y ait tout un côté du musée qui témoigne des influences de la Mer du Nord, l’œuvre des Qubo Gas est un horaire des marées graphique à l’ancienne heure des BD et des pochettes de disques vinyle, cela veut dire qu’ils font sentir la situation topographique où l’on peut dire que la mare y est, en bordure de parc comme dans les paysages des estampes japonaises où le héron qui fait le beau trace des pattes d’oies sur le dessin et cherche partout les personnages de mangas avec leur yeux d’oiseaux migrateurs dans la serre imaginaire d’un lien, d’un programme, d’une commande…
Nicolas Surlapierre, Directeur-Conservateur des Musées de Belfort
Biographie de Qubo Gas
Qubo Gas a été crée en 2000 par Jef Ablézot (1976), Morgan Dimnet (1973) & Laura Henno (1976).
www.qubogas.com - www.smalticolor.com - www.galerieannebarrault.com
Qubo Gas est un collectif de trois artistes travaillant ensemble depuis 2000. Leur travail s’inscrit dans une pratique du dessin confronté ponctuellement à l’outil informatique dans une sorte de va et vient perpétuel. Le fait main et les technologies informatiques se croisent et se répondent au gré de leurs projets qu’ils soient de l’ordre du programme informatique, du dessin, du collage ou du « wall drawing ». Ce va et vient incessant se comprend aussi bien dans l’utilisation même des différents outils mais aussi très largement dans le processus d’élaboration des dessins. De la même manière qu’ils travaillent par couches, par épaisseurs ou surfaces successives pour composer une image par le biais d'un logiciel, leurs dessins et collages découlent de cette fusion de feuilles et motifs dans un assemblage délicat et raffiné. Les divagations graphiques de chacun s‘enchevêtrent, se superposent comme autant de strates mêlant motifs crayonnés, feutre, collage, aquarelle, constituant ainsi une alchimie foisonnante et éclatante.
Le crayon glisse, les éléments flottent et prolifèrent en un chaos fertile, s’étalant du papier au mur dans des « wall drawings » envahissants. Les manies graphiques se confrontent, s’entrelacent telles d’étranges intrusions jubilatoires, mettant ainsi en place un environnement fusionnelle et débordant qui se déploie à la fois sur papier, sur ordinateur et dans l’espace.
L’hybridation artistique du travail de Qubo Gas vient de l’association même de leurs trois personnalités et de leur pratique graphique qui emprunte autant à des opérations informatiques tel que le copier-coller, qu’au dessin basique au feutre coloré. Le copier-coller, le « sampling » graphique, l’entrelacement et la fusion du savoir faire de chacun participe à cette sensation d’arborescence hybride qui se manifeste dans leur recherche.
Si les dessins du collectif exaltent une dynamique instinctive et spontanée proche de l’instantané, leurs programmes informatiques posent la question de la temporalité par la conception de projet évolutif dans la durée. Ceux-ci évoluent en temps réel sur des durées infinies où l’aléatoire perturbe, entrechoque une sérénité apparente. Ces projets nouveaux médias sont le prolongement de leurs recherches graphiques et font le lien entre le dessin et la musique qui a toujours nourri leur travail. Ainsi Watercolor Park réalisé en 2007 pour la Tate Modern dans le cadre de leur programme Net Art, déploie une série de collages en papier découpé simulant un espace 3D que l’utilisateur peut traverser, renverser, chamboulant de ce fait les compositions graphiques. Si l’usage que fait Qubo Gas des nouvelles technologies est régulier, il n’en demeure pas moins qu’un outil parmi d’autre qui leur permet de questionner leur pratique du dessin. Paper Moon, projet réalisé en 2010 pour la réouverture du Musée d’art moderne, d'art contemporain et d'art brut de Lille Métropole (LAM), se réfère quant à lui au cycle lunaire pour dévoiler au travers d’un moucharabieh un collage en continuel flottement. Douze collages se succèdent et se renouvellent à partir d’une banque de données d’éléments graphiques sur un cycle annuel. Le moucharabieh, tel un voile noir, laisse transparaître par ses ouvertures des semblants de paysages en suspension animés par de subtils mouvements. Des bribes de papier chutent perpétuellement donnant une vision déconstruite et vertigineuse du paysage. Les formes de découpe du moucharabieh varient à chaque lunaison et permettent de jouer sur la visibilité, la transparence, l’altération et l’effacement du dessin.
Le travail de Qubo Gas a fait l’objet d’expositions personnelles à la galerie Anne Barrault à Paris en 2008, à la Fondation Mirò de Barcelone en 2007... Il a été également montré au Mudac de Lausanne en 2009, au Grand-Palais en 2008, à la fondation Parasol Unit à Londres en 2007, au Maxxi à Rome en 2007, au Centre pour l’Image Contemporaine de Genève en 2006...
Qubo Gas est représenté par la galerie Anne Barrault à Paris.
Qubo Gas a également crée en 2006, Smalticolor Edition, sa propre maison d’édition de multiples d’artistes (objets, sérigraphies, posters...).