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Exposition "Laure Prouvost. Deep See Blue Surrounding You"
Laure Prouvost au Palais Idéal du Facteur Cheval. © Laure Prouvost / Courtesy de l’artiste

Laure Prouvost, vous êtes née dans la métropole lilloise, y avez passé votre enfance et votre adolescence et vous y avez tourné une partie du film Deep See Blue Surrounding You / Vois Ce Bleu Profond Te Fondre. Quel rapport entretenez-vous avec cette région et plus particulièrement avec le LaM où vous exposez ?

L.P : Mes grands-parents sont nés ici. Le musée est un lieu familier et important pour moi, une sorte de voisin chez qui je me rendais à vélo. Je passais plusieurs heures par semaine au musée et dans sa bibliothèque. Dès l’âge de 13 ans, j’ai étudié à Saint-Luc à Tournai. La région du Nord et le LaM font partie intégrante de mon enfance et de moi. Ma famille tisse du tissu et des récits depuis longtemps. Mon histoire s’imbrique dans l’histoire de la région avec ses beautés mais aussi ses problèmes. J’ai filmé à Roubaix, dans le quartier de l’Alma et le café de l’Opéra avec les gens que j’ai rencontrés lors de notre voyage. C’était fantastique de se mélanger, d’échanger et de chercher à se comprendre.
Ma grand-mère est venue aussi, avec son chien Charlie. Mon oncle est venu également et a laissé son agence de voyages "in the depths", Victor était là avec ses mitres incroyables, il y avait "Kader bueno" le magicien qui a fait tout léviter : nos histoires, nos différences, nos passés... Nous avons aussi pris la voiture pour voir les terrils et contempler une femme berbère chanter dessus : c’était magnifique et émotionnellement très intense.

Ma famille tisse du tissu et des récits depuis longtemps. Mon histoire s'imbrique dans l'histoire de la région avec ses beautés mais aussi avec ses problèmes. 

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Laure Prouvost palais idéal

Laure Prouvost 

Plus qu'une simple reprise de votre installation à Venise, la présentation de Deep See Blue Surrounding You / Vois Ce Bleu Profond Te Fondre au LaM revisite la collection d'art brut et instaure des dialogues avec une sélection d'œuvres. Comment vos choix se sont-ils opérés et comment avez-vous conçu l'exposition ?  

L.P : C’était un travail "a dig through" / de fouille et de plongée dans la collection avec l’aide de Marie-Amélie Senot qui nage plus souvent dans les réserves du LaM que moi. Des rapprochements se sont fait rapidement autour de l’élément liquide, de la relique, du physique, du désir sexuel, de "l’insider art". Le choix s’est dessiné avec l’idée de prendre soin des œuvres comme le dit bien la vidéo Taking Care et de les ouvrir à de nouveaux dialogues, de nouvelles facettes de sens et que les œuvres se provoquent. La séquence filmée dans le Palais Idéal du Facteur Cheval trouve une autre forme plastique dans le collage d’Erró. La tapisserie de ma grand-mère que Nicolas transporte tout au long du road-trip rencontre un écho dans la robe de Bonneval : ce sont tous deux des objets transitionnels, des mémoires tissées de nos liens sociaux.
Au sein d’un monde liquide, tout s’assemble plus facilement et naturellement, rien n’est tout à fait ce qu’il parait être lorsqu’une forme végétale devient animale ou humaine comme dans les dessins de Raphaël Lonné. Les objets échoués dans la ville et ramassés par Michel Nedjar ou the Wireman, l’anonyme de Philadelphie, répondent à mes propres reliques qui évoquent toujours autrui au travers d’objets pourtant inanimés.
On a flotté ensemble dans les profondeurs des tentacules, suivi les fumées de Smoking Mother, nourri.e.s par les framboises et l’eau d’une fontaine qui ne se tarit jamais, pour creuser toujours plus profondément et suivre la lumière.

Au sein d’un monde liquide, tout s’assemble plus facilement et naturellement, rien n’est tout à fait ce qu’il parait être lorsqu’une forme végétale devient animale ou humaine...

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Laure Prouvost palais idéal

Laure Prouvost

On vous sent proche de certain.e.s artistes d'art brut, non seulement par votre goût de la récupération et du bricolage, mais surtout par votre capacité à tisser des récits où s'entremêlent réalité et fiction. Quel rapport particulier entretenez-vous avec l'art brut ?

L.P : Je préfère appeler l’art brut "insider art" et pas "outsider art". Oui, je me sens très proche de ces œuvres que je trouve très pures, très directes, souvent échappées d’une sorte de subconscient, de purs désirs de créer. Elles témoignent d’une d’obsession de se sentir vivant et les artistes n’ont de cesse de se confronter à cela, en ne créant pas forcement pour donner une réponse au monde mais pour sortir de soi, de nos individualités et imaginer de nouveaux langages qui utilisent les mots ou pas, la fiction ou non.


Pouvez-vous nous présenter votre parcours en quelques mots ?

L.P : Voici une longue liste de musées et d'institutions. Une ligne, des choses intéressantes, un coma, une ligne, une liste de résidences et de prix. Une sélection de projets solo dont : Melting Into Another à Lisbonne, Occupied Paradis à Aalst, Deep See Blue Surrounding You à Venise, Toulouse et Villeneuve d'Ascq, une salle d'attente avec des objets à Minneapolis, un nouveau musée pour Grand-Papa à Milan, un salon de thé pour Grand-Mère à Derry, une salle de karaoké à Bruxelles, un nouveau bar à vodka à l'encre de poulpe pour Gregor à Rotterdam, une agence de voyage pour un oncle à Francfort, un hall pour l'amour entre les artistes de La Haye et de Lucerne... Des sachets de thé, des sols humides et des tentacules.
 

Pour poursuivre votre exploration de l'univers de Laure Prouvost, écoutez
l'interview de l'artiste par Elsa Daynac, réalisatrice des podcasts du LaM
"Écouter, voir... Écoutez voir !", bidouilleuse sonore de talent et ancienne journaliste à Radio France.

 

L'exposition Laure Prouvost. Deep See Blue Surrounding You / Vois ce bleu profond te fondre est visible jusqu'au 16 mai 2021.